Dans une entrevue que j'ai déjà regardée sur le web et que je ne retrouve pas en ce moment*, Élise Turcotte racontait que si, plus jeune, elle ressentait le besoin d'écrire toujours seule, dans le calme et le noir, elle pensait désormais que l'écriture devait se faire avec la vie, dans la maison, sous le soleil, la porte ouverte et les enfants pas loin.
Je suis d'accord avec elle.
Ce soir, par exemple, si je m'étais mise dans les conditions que je croyais jusqu'alors essentielles à l'écriture - sous la pénombre, bercée par une musique méditative qui m'aurait donné l'illusion d'avoir laissé mûrir en moi des phrases qui se donneraient, ratoureuses, l'air d'être fin prêtes - je ne pourrais que vainement tenter d'expliquer la teneur de tout ce qui s'est éclipsé de ma vie dans les derniers mois : mon sens de l'humour, mon énergie, l'illusion de ma force et d' "un pont vers le monde concret".**
Au lieu de ça, je me risque à écrire sur une nappe pleine de grains, accompagnée par le tapage d'un lave-vaisselle qui n'est plus tout jeune, entre deux séances de préparation de cours et de rigolades sporadiques avec mon amoureux.
Mon amoureux sauveur.
Mon amoureux magique.
Mon amoureux que je remercie le ciel de n'avoir jamais choisi d'aimer.
Et si ce que je me surprends à vouloir raconter se résume à peu de chose encore, c'est au moins entourée d'un peu de lumière que j'ose un peu choisir de ne plus voir dans ce que j'ai perdu une distance qui se serait creusée - encore - entre le réel et moi, mais une épaisseur nouvelle et vibrante de l'espace qui pourrait devenir le mien : le "frémissement secret" de l'air autour de moi qui, poreux, laisserait surgir en les magnifiant les lumières diverses de ce qui me pénètre chaque jour. ***
* Cet entretien s'inscrivait dans une série d'entrevues portant sur des poètes québécois, dont Turcotte, Nepveu et Dorion. Selon mon souvenir, il était proposé par le CRILQ ou la Maison des écrivains, mais bon, je n'arrive pas à le retrouver.
** Guyana, Leméac, 2011, p. 46.
*** Idem, p. 89 et 27.
"Pour que le langage me vienne, il faut que je l'aie cherché avant, longtemps, instamment. Je n'ai pas le langage d'emblée." (Handke) "Langage", oui, et aussi "sentiment de la vie", "confiance", "force d'agir". Une (rare) conviction : l'humanité tient parce que la parole d'autrui dit, parfois, ce qui nous fait intimement.
17 octobre 2012
14 juillet 2012
Silence
Vous aurez constaté mon silence prédominant des derniers mois. Je suis sur un chemin qui me mènera vers plus de simplicité. Or, ce blogue ne contribue pas à me rendre plus libre pour le moment. Je le mets donc en pause pour un temps.
Bonne chaleur, bon bonheur, et bonnes lectures.
Bonne chaleur, bon bonheur, et bonnes lectures.
28 mai 2012
Le juste pas
Je suis une romantique qui ne sait pas s'élancer. Sauf dans la colère. Et ça use.
Je cherche souvent, sans le trouver, le surplus de beauté qui manque à mes jours vides sauf de vices : mes yeux mal fermés ne scrutent pas là où il faut. Même ma manière d'aimer se ternit, s'avachit. Ainsi affaissée, l'effort qu'il m'en coûterait d'aller puiser dans les livres cet éclairage nécessaire m'apparaît surhumain. Et alors je ne fais plus rien sauf marmonner, boudeuse - oui, ça peut durer longtemps.
Seuls certains jours, ceux où le courage me prend d'aller trotter un brin les yeux bien bas, m'éloignent de la pensée de toutes les vies cassées par ce printemps de merde. Ces jours-là, les paires de souliers usées que j'entends scander "assez" suffisent à me convaincre que même si, c'est vrai, il y a toujours l'éclat que je cherche quelque part sur la rue, je ne dois jamais cesser de traîner proche des auteurs, ces autres promeneurs, qui jettent justement vers moi pile ce qu'il faut pour me donner l'élan qui me manque souvent pour me lancer parmi la foule.
Je cherche souvent, sans le trouver, le surplus de beauté qui manque à mes jours vides sauf de vices : mes yeux mal fermés ne scrutent pas là où il faut. Même ma manière d'aimer se ternit, s'avachit. Ainsi affaissée, l'effort qu'il m'en coûterait d'aller puiser dans les livres cet éclairage nécessaire m'apparaît surhumain. Et alors je ne fais plus rien sauf marmonner, boudeuse - oui, ça peut durer longtemps.
Seuls certains jours, ceux où le courage me prend d'aller trotter un brin les yeux bien bas, m'éloignent de la pensée de toutes les vies cassées par ce printemps de merde. Ces jours-là, les paires de souliers usées que j'entends scander "assez" suffisent à me convaincre que même si, c'est vrai, il y a toujours l'éclat que je cherche quelque part sur la rue, je ne dois jamais cesser de traîner proche des auteurs, ces autres promeneurs, qui jettent justement vers moi pile ce qu'il faut pour me donner l'élan qui me manque souvent pour me lancer parmi la foule.
08 mai 2012
Des vacances en tout-inclus
Prendre 4 fois par jour, aux 8 heures. Ne pas consommer en même temps que le calcium qui vous a été prescrit. (Penser à mettre une minuterie pour respecter une alternance.) Risque de complication avec la prise de somnifères. (Les prendre une heure avant ceux-ci pour pouvoir même espérer dormir.) Forte diminution des effets des contraceptifs oraux. (La bonne nouvelle : de toutes façons vous êtes beaucoup trop gelé pour même penser à désirer.)
Mâcher 2 concentrés de X au matin, s'en faire une infusion 3 fois par jour, penser à boire beaucoup d'eau, de Y et de Z. Ne pas boire d'alcool. Dormir beaucoup. (Voir vos acouphènes comme une musique.) Continuer bien sûr la prise des médicaments habituels. Bien suivre le rythme des rendez-vous hebdomadaires chez l'osthéo, l'acuponcteur, le psy et le médecin : l'annulation entraîne des frais.
Manger beaucoup de légumes, pas trop de viande, arrêter le café, diminuer le sucre (suffit, ton chocolat). Ne pas oublier de bien respirer. Surtout en cas de crise. Méditer 15 minutes par jour, puis 30. Puis plus du tout. Puis recommencer, ne plus y arriver, en être obsédé.
Se mépriser, s'exalter, se condamner, et s'en balancer.
C'est quand même merveilleux d'avoir du temps pour s'occuper de soi. Comme si on avait besoin de ça.
Mâcher 2 concentrés de X au matin, s'en faire une infusion 3 fois par jour, penser à boire beaucoup d'eau, de Y et de Z. Ne pas boire d'alcool. Dormir beaucoup. (Voir vos acouphènes comme une musique.) Continuer bien sûr la prise des médicaments habituels. Bien suivre le rythme des rendez-vous hebdomadaires chez l'osthéo, l'acuponcteur, le psy et le médecin : l'annulation entraîne des frais.
Manger beaucoup de légumes, pas trop de viande, arrêter le café, diminuer le sucre (suffit, ton chocolat). Ne pas oublier de bien respirer. Surtout en cas de crise. Méditer 15 minutes par jour, puis 30. Puis plus du tout. Puis recommencer, ne plus y arriver, en être obsédé.
Se mépriser, s'exalter, se condamner, et s'en balancer.
C'est quand même merveilleux d'avoir du temps pour s'occuper de soi. Comme si on avait besoin de ça.
04 mai 2012
La grève qui tue : un autre point de vue
Ça fait longtemps que j'ai pas parlé. Je parle plus. Je sors plus. Quand je le fais, ça va tout croche.
Les derniers mois ont été durs. Et ça plombe encore. Ça fait que ce sera pas joli, ça ressemblera pas à des phrases faites de beaux morceaux musicaux qui coulent ou à des moments suspendus comme dans mes lectures préférées. Ça va ressembler à ma face échevelée, qui se regarde dans le miroir chaque matin mais qui voit juste la boule qui prend mon ventre, qui le lâche pas. Elle me lâche pas.
C'est vrai, c'est l'ordre des choses, ne rien pouvoir faire pour aider une mère malade, ne rien pouvoir faire devant l'inconnu. Penser à soi, à tout ce qui se pense pas. Geler raide dans le néant.
C'est vrai, c'est beau, la grève. Je suis pas contre la vertu. Je suis même d'accord : je veux croire que l'éducation bla bla bla. Mais depuis plus d'un mois, j'ai plus de travail - et mon travail me garde en vie -, j'ai plus une cenne, je sais pas vers quoi je m'en vais, je reçois des messages de mamans, de raccrocheurs, de mélangés qui lâchent l'école, qui abandonnent, qui en peuvent plus. Je sais pas quoi leur répondre.
Je les aime bien, les gens gentils qui partagent des articles qui ont six mois de retard sur des nouvelles sans rapport avec la grève au nom d'une cause sociale, d'une histoire qui changerait, d'une justice qui se rétablirait.
Mais si c'est pas en train de gruger ta vie, cette grève-là, c'est peut-être un peu facile d'y croire encore.
Moi, j'ai plus d'espoir.
Les derniers mois ont été durs. Et ça plombe encore. Ça fait que ce sera pas joli, ça ressemblera pas à des phrases faites de beaux morceaux musicaux qui coulent ou à des moments suspendus comme dans mes lectures préférées. Ça va ressembler à ma face échevelée, qui se regarde dans le miroir chaque matin mais qui voit juste la boule qui prend mon ventre, qui le lâche pas. Elle me lâche pas.
C'est vrai, c'est l'ordre des choses, ne rien pouvoir faire pour aider une mère malade, ne rien pouvoir faire devant l'inconnu. Penser à soi, à tout ce qui se pense pas. Geler raide dans le néant.
C'est vrai, c'est beau, la grève. Je suis pas contre la vertu. Je suis même d'accord : je veux croire que l'éducation bla bla bla. Mais depuis plus d'un mois, j'ai plus de travail - et mon travail me garde en vie -, j'ai plus une cenne, je sais pas vers quoi je m'en vais, je reçois des messages de mamans, de raccrocheurs, de mélangés qui lâchent l'école, qui abandonnent, qui en peuvent plus. Je sais pas quoi leur répondre.
Je les aime bien, les gens gentils qui partagent des articles qui ont six mois de retard sur des nouvelles sans rapport avec la grève au nom d'une cause sociale, d'une histoire qui changerait, d'une justice qui se rétablirait.
Mais si c'est pas en train de gruger ta vie, cette grève-là, c'est peut-être un peu facile d'y croire encore.
Moi, j'ai plus d'espoir.
23 avril 2012
Le pari
Ouf. À force de vivre, j'ai oublié comment penser. Et maintenant, même si je sais qu'il faut savoir dire l'un et l'autre, je me demande bien lequel choisir.
Image : http://cdpresse.fr/2010/10/06/l’hopital-psychiatrique-en-france-une-honte/la-folie/
Image : http://cdpresse.fr/2010/10/06/l’hopital-psychiatrique-en-france-une-honte/la-folie/
04 août 2011
Renarde explosive. (Un totem imaginaire.)
L'idéal est un idéal parce qu'il est inaccessible. Et c'est précisément parce que je n'arrive pas à le faire agir dans ma vie comme je le voudrais que je m'efforce de l'approcher chaque fois que j'écris, je pense, je sens quelque chose. C'est entendu. Mais même si je m'en sais lointaine presque chaque jour qui passe, je le garde pas trop loin, il me fait du bien, me rappelle ce que je suis.
Aussi est-ce toujours avec une jubilation toute naïve que je vois venir les débuts de session. Même si je sais que, en cours de route, je me trouverai immanquablement à bout de souffle, débordée, désespérée de trouver un peu de temps pour penser et vivre, le choix des livres, les recherches préparatoires, la quête de films et d'autres gugusses susceptibles d'éveiller des étudiants dont je sais l'intérêt difficilement capté par ce qui s'écrit ou pire, doit se lire, me remplit d'une joie enfantine pas trop lointaine d'une saine folie.
Sauf que cette fois est différente : je me sais d'avance prisonnière de cours de mise à niveau.
Alors je me demande. Vraiment. Suis-je une imposteure si je n'ai pas de papillons dans le ventre à l'idée de convaincre quelques élèves qui n'en ont rien à faire que maîtriser sa langue est le début de la santé mentale ?
Je trépigne à l'idée de partager mon amour pour certains auteurs, certains regards sur le monde qui peuvent, je le sais pour l'avoir vécu, bousculer un peu ce que des post-ados croient être devenus. Parfois, c'est une période toute entière qui me rend fébrile et que je veux leur faire vivre de toutes les façons. Mais la langue... La langue, même quand elle est belle, sert à véhiculer quelque chose. Elle n'est pas une fin. Même en littérature. Du moins telle que je la vis.
Depuis que j'ai appris la triste nouvelle de ma tâche automnale, je suis forcée de revenir sur un présupposé fondamental. Parce que si l'idéal est une fin, il transcende tous ses moyens. Et j'ai bien peu à faire d'eux, s'ils ne feignent pas de me rendre pas à lui.
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