06 février 2010

Parce que je ne pense pas en dehors de moi...

Il y a l'enivrement, évidemment, mais il y a aussi la fébrilité de tous les jours, qui ne mène pas à d'autres conclusions finalement. Et on en a peur, allez savoir pourquoi.
C'est toujours pareil. J'ai peur de ceci, de cela, je fais ce qu'il faut pour faire semblant, mais ceux qui comptent savent qu'il n'y a rien qui vit plus pour moi ce matin que ce petit être qui frétille sûrement en ce moment même devant les rêves qui sont aussi vrais que le vrai, et que ce grand être, son père, qui rêve peut-être à lui, peut-être à moi, mais qui rêve sûrement, parce qu'il n'y a rien de plus grand que son coeur immense qui veut tout prendre.
L'exercice de la pensée n'est peut-être rien d'autre que le risque de cet arrêt sur le temps, cette prise sur un moment d'égarement qui sait dire ce qu'on est bien plus que tous les discours psychologisants à la con. Il y a la psychologie partout, et soudain mon dieu j'ai peur; existe-t-il des gens qui, quotidiennement, et contrairement à moi, prennent le risque de penser à autre chose qu'à ce qu'ils sont?

30 janvier 2010

Aujourd'hui

Tout dernièrement, j'ai relu ce que j'ai écrit ici. C'est une chose que je fais assez peu, et je vois bien pourquoi : l'exercice est cruel.
D'abord parce que cet idéal qui motive ma parole provoque une certaine redondance, signe que j'ai au fond bien peu d'idées qui comptent. Aussi parce que, malgré toute ma bonne volonté, malgré tous ces moments où, presque chaque jour, je pense "ah, voilà qui mériterait d'être raconté", j'écris trop peu. Je n'ai pas la parole facile, et suis le plus souvent beaucoup trop orgueilleuse pour risquer qu'elle trahisse les petites idées qui me tiennent à coeur. Je ne suis ni pire ni meilleure qu'un autre, évidemment. Mais c'est quand même un peu déçue que j'ai - encore - compris, devant le peu que j'ose écrire, la fragilité de cet idéalisme auquel je m'accroche même s'il ne fait pas le poids devant les jours qui filent, les silhouettes qui fuient et le confort des silences gris.
Heureusement, il y a malgré tout quelque chose qui m'est apparu grâce à cette relecture, une chose toute bête, sûrement, mais qui éclaire autrement le temps que je consacre à rédiger ces quelques textes. De tous les mots, outre l'idéal, c'est celui-là, "aujourd'hui", qui apparaît le plus souvent sur ce blogue. J'en suis ravie.
Il me sert d'ancrage, évidemment, parce qu'écrire n'est rien d'autre, pour moi, qu'une tentative de cerner ce qui vit dans les quelques instants où le temps s'arrête, ou continue, et sublime ce qui passe avec lui. Ainsi, je vois dans ce mot transparent une illustration de ce que j'aimerais savoir faire : montrer ce temps sous une lumière nouvelle, sous un jour nouveau, comme on dit, pour que, l'élucidant, j'existe moi aussi davantage. L'écriture me fait entrer dans un état de temps que je souhaiterais pouvoir traduire; pour le moment, c'est en m'arrêtant à cet "aujourd'hui" plus vaste que l'instant que je tâche d'y parvenir.
Parce que si l'aujourd'hui est une durée perpétuellement réalisée, active et bouillonnante, elle pose tout de même des bornes, même illusoires, utiles à ma pensée trop ambitieuse pour ses moyens. Dans l'aujourd'hui, j'ai un pied dans le possible et un autre dans l'achevé, et le monde que j'habite s'en trouve multiplié. C'est une solution facile, peut-être, mais elle a le mérite d'être une des rares portes d'entrée que j'ose traverser pour aller vers une parole qui m'effraie toujours autant qu'elle m'exalte et me crée.
Le peu que j'ose écrire témoigne donc certes de la fragilité de mon idéal, de mon incapacité à lui rendre justice comme je souhaiterais tant le faire, mais s'il peut continuer de se situer dans la lumière du temps ouvert et révélateur de cet aujourd'hui qui manifestement le gouverne, ce peu aura tout le même le mérite d'avoir pris le risque le plus noble à mes yeux, celui d'une parole modeste, collée à ce qu'elle connaît le mieux : le jour qui l'a fait être.

20 janvier 2010

L'avant, l'après

Prise de quelques regrets, aujourd'hui j'ai regardé les quelques mois à venir en oubliant qu'ils n'avaient encore rien dit.
Je n'ai jamais planifié mon avenir, mais j'ai toujours pris soin de trouver des stratégies pour ne pas oublier le passé. Ma vie est ainsi faite de retours sur des lieux déjà habités, des écoles déjà fréquentées, des gens déjà côtoyés. Et j'aime ces retours qui me rappellent ce qu'il y a eu d'éclaté en moi, de rieur et de fou.
Le seul toujours que je connaisse est donc celui de l'avant, que je nourris et manipule pour que ne s'oublie que ce m'avait ternie. Quand, comme maintenant, l'avenir que j'anticipe m'angoisse et me rend grise, je cesse pourtant de penser la durée et me donne la liberté de cesser d'aspirer au "mot toujours / qui est le mot le moins humain qui soit / et le plus cruel, et le plus étranger.*"
Ça a sans doute moins d'élan, mais il me faut peut-être autant de force pour affronter l'immobile que pour me précipiter vers ce qui vient. Alors j'essaie, pour voir.
*Pierre Nepveu, Les verbes majeurs, Montréal, Éditions du Noroît, 2009, p. 37.

17 janvier 2010

Haïti

Je venais de terminer L'énigme du retour, reçue en cadeau pour Noël. Je n'en avais pas pensé beaucoup de bien. Le sens un peu lourd de la formule donnait, pour quelques belles idées, beaucoup d'écriture. Trop d'écriture.
Sauf que voilà, je n'y peux rien, c'est bête, c'est naïf, c'est simple, mais c'est comme ça : depuis quelques jours, j'ai l'impression d'avoir une source de lumière posée sur le coin de mon bureau.

08 janvier 2010

L'ennui

Je traverse une insomnie ce soir, qui me désole un peu.
Petite, pour m'aider à dormir bien plus que parce que j'en avais peur, je prenais plaisir à animer les ombres des vêtements dans mon garde-robes pour qu'elles deviennent ces choses effrayantes qu'il semblait d'usage de craindre.
Cette nuit, j'ai eu beau essayé, ça n'a rien donné.
C'est tout de même triste de n'avoir plus rien que des petites peurs ordinaires - décevoir, perdre, échouer, se perdre - pour meubler les moments creux. Ce doit être ça, l'ennui : ne plus oser sauter sur le tremplin de la peur nouvelle.
Je ferais bien d'aller dormir, je crois. J'y risque plus, et moins à la fois.

30 décembre 2009

Ce qui perdure

Aujourd'hui, je suis retournée dans un quartier que j'ai habitée adolescente, puis beaucoup plus tard, ces dernières années. Il y a 15 ans, déjà, un petit trajet existait au coin d'une rue, inéluctablement retracé d'hiver en hiver par ceux qui choisissaient d'aller plus vite, ou de travers. Il est encore là. Cette fois-ci, cependant, c'est dans la lenteur que je l'ai emprunté, me souvenant de ce que j'avais été ces autres fois où je l'ai traversé, avide de plaire ou amoureuse déçue.
Alors j'ai pensé : peut-être le passage à la nouvelle année est-il, contre cette risible manie de la résolution, le moment tout indiqué pour rappeler à la vie ce qui s'est éteint en cours de route, et qui continue de faire ce que nous sommes ?
Quand je suis ensuite allée faire une course, mais très lente, dans le quartier où habitait mon compagnon de toujours alors que nous étions de jeunes amoureux, je me suis souvenue de la grisaille qui m'habitait quand je devais quitter sa maison où j'allais toujours, parce qu'il y avait là sa fougue, son rire, sa lumière contre ma tiédeur. J'ai laissé ce gris frôler mon après-midi de lumière, et il a éclairé autrement mon sourire d'amoureuse nouvelle, comme avant, avec lui, mais autrement.
Maintenant, j'écris en écoutant La Bataille de Marignan (ou La Guerre) de Janequin. Cela m'est difficile. Parce qu'elle va dans tous les sens, éclate et surprend, évidemment, mais surtout parce qu'il reste des traces en moi de celle qui se multipliait à la chanter, celle qui exultait à sentir sa voix la faire exister, dans l'espace, visible. Cette année j'essaierai, et souvent, de la faire réapparaître.
Bonne année et merci aux quelques lecteurs de cet espace mouvant, dont moi aussi je me demande souvent ce qu'il peut bien vouloir dire, il faut pas croire.

16 décembre 2009

Pause

Perdue dans les 160 copies que je dois corriger avant Noël, je ne m'occupe plus beaucoup de littérature même si, j'en viens presque à l'oublier, tous ces travaux portent bel et bien sur des livres. L'idéal s'éloigne pendant cette grise besogne, et je deviens cette prof-fonctionnaire qui s'occupe trop de critères d'évaluation, et pas assez de sensibilité.
Je me le permets pour un temps - l'automne n'a pas été de tout repos - mais je compte bien revenir pendant les vacances sur ces livres dont je viens de me gâter, Morrison, Volodine, Zweig, Nepveu et quelques autres.
D'ici là, je me vide pour pouvoir mieux me remplir de ce qui compte pour moi : les mots, mais chuchotés, juste au bord du silence auquel je dois maintenant laisser place.