Ça fait longtemps que je le sais mais je n'ai jamais osé le dire très fort : je résiste, en littérature, à la notion d'intimité. C'est un leurre auquel je ne veux pas donner le droit d'exister. Ainsi aie-je toujours quelque réticence à parler de poésie intimiste : existe-t-il une poésie qui ne soit pas intimiste ? Existe-t-il littérature qui ne soit pas intimiste ?
Il n'est rien, dans un livre, comme une intimité fermée, une parole d'auteur qui ne résonnerait que pour elle-même, dans un temps qui ne serait pas partagé. C'est une évidence : le simple fait que je sois assise là - dehors, dedans, dans l'autobus ou dans mon bain - à lire ce livre signale combien il ne parle que pour le quelqu'un d'autre que je deviens. Et pourtant les grands auteurs ne parlent jamais que d'eux-mêmes, évidemment, et les histoires qui ne racontent que des histoires parlent assez peu du monde qu'elles n'habitent pas.
Aussi, si je ne peux qu'adhérer à la distinction que fait Dominique Fortier dans son texte "Moi aussi, je voudrais devenir rabbin" publié dans La pratique du roman*, j'en tire des conclusions diamétralement opposées. (Rappelez-moi de ne plus jamais joindre ces deux mots-là : les couples qu'on attend sont presque toujours décevants.) Fortier parle d'un "roman du dehors", de l'imaginaire, qui serait le seul à être proprement romanesque, et d'un "roman du dedans", fort pratiqué, qui sombrerait dans la facilité de ne parler que de lui-même. Comme si c'était facile. À mon sens, il y a bien un "roman du dehors" et un "roman du dedans", mais c'est le premier qui ne me dit rien qui vaille. Littéralement.
Quand j'ai eu la folie de commencer un doctorat c'était précisément pour dire ça : même dans la plus extrême intimité, dans leurs journaux, nommément, les auteurs sont tout entiers tournés vers le dehors. Ça ne valait pas la peine de faire un doctorat pour ça, mais je continue de croiser de temps en temps des gens comme Fortier qui associent un peu vite le romanesque et l'inventé. Et ça continue de m'irriter.
Il y a quelque chose de naïf à cette compréhension-là, quelque chose qui trahit ce que je vois dans la littérature qui peut agir sur le monde, et nous donner à tous un sentiment d'humanité partagée.
Je ne suis pas du côté du roman. Je ne l'ai jamais été. Il appelle un discours un peu pompeux, comme si on ne pouvait pas en parler sans jouer les érudits. J'appartiens plutôt aux formes éclatées, morcelées, qui seules rendent compte du rythme des choses qui bougent. Parce qu'elles bougent. Mais quand il m'arrive d'aimer un auteur de romans profondément, et cela m'arrive assez souvent, c'est précisément parce qu'il m'a parlé de moi en parlant de lui. Et tous ceux qui font semblant d'avoir "dépassé ça, cette lecture-là, où on cherche toujours à se reconnaître" n'ont pas compris que justement on ne le cherche pas : ça vient, et c'est pour ça que ça compte.
Jacques Brault en parle bien mieux que moi - qui pourrait mieux parler de l'intimisme ? - qui suggère ailleurs** que la tonalité intimiste est par définition lointaine (p. 100) : "une figure, vitale et fantasmée, qui investit le complexe corps-esprit, le divise, l'unifie, le redivise et le réunifie en un jeu incessant de possession et de dépossession de soi." (p. 103) Brault n'irait sans doute pas jusque là, mais pour ma part je crois que la société littéraire correspond en tous points à ce qu'il définit comme "société intimiste", et qui repose sur "le besoin de se libérer en l'autre et de libérer l'autre en soi". (p. 105)
Je saute courageusement vers cette affirmation un peu grosse mais importante : la littérature est par essence intimiste, et ceux qui continuent de le nier ne font que le confirmer, en essayant de lui plaquer une posture qui ne peut pas lui ressembler.
* La pratique du roman, dirigé par Isabelle Daunais et François Ricard, est publié chez Boréal.
** Dans Chemins perdus, chemins trouvés, chez Boréal aussi.
"Pour que le langage me vienne, il faut que je l'aie cherché avant, longtemps, instamment. Je n'ai pas le langage d'emblée." (Handke) "Langage", oui, et aussi "sentiment de la vie", "confiance", "force d'agir". Une (rare) conviction : l'humanité tient parce que la parole d'autrui dit, parfois, ce qui nous fait intimement.
01 mai 2013
23 avril 2013
Les vacances
J'ai un peu de mal à convaincre les gens d'une vérité pourtant toute simple : la littérature a beau être toute ma vie, les livres ont beau m'avoir plusieurs fois sauvée, je ne leur accorde aucune espèce d'importance.
À leur identité propre, je veux dire. À leur titre, en somme, qui suffit le plus souvent à les ficher quelque part dans l'histoire de la littérature et dans celle, plus essentielle, de la lectrice que je suis. Parce que les livres comptent seulement s'ils participent à la vie.
Un auteur un peu léger - Charles Dantzig, pour ne pas le nommer - a écrit quelque part qu'un lecteur commence par s'attacher à des personnages, pour ensuite s'intéresser aux livres avant de finalement considérer les auteurs eux-mêmes comme les personnages d'une histoire qui importe plus que ce qu'ils écrivent, et qui devient justement celle de ce lecteur. En d'autres termes, Dantzig a voulu dire qu'une vie de lecteur est un roman qui demande à être toujours réécrit. Et plus j'y pense, plus je suis d'accord.
J'avais 14 ans, c'était l'été et la banlieue, nouvelle, et vide. Tellement vide. Aujourd'hui pour moi le vide n'existe plus, tout est plein et mouvant, mais à cet âge-là le néant était pressant qui demandait à être rempli bien vite. Il fallait l'occuper comme le temps, et je garde des souvenirs précieux de ces étés de banlieue passés à lire au soleil les livres de la bibliothèque dont j'avais hérité à 12 ans, et que j'avais commencé à lire un peu trop hâtivement. C'était des livres vieillots, poussiéreux, Mauriac, Malraux, Montherlant, des choses un peu usées que je ne lis plus, qui ne se lisaient déjà plus.
Je les ai pourtant dévorées. À la fin d'une bonne journée je ne pouvais pas résumer ce qui était passé sous mes yeux, qui m'avait pour l'essentiel échappé, mais ma langueur et la persistance des couleurs du soleil sur ma peau prouvaient bel et bien que pendant toutes ces heures - une certaine durée - un livre m'avait permis d'exister.
De cette époque je garde le rythme, frénétique, et l'aura, mystique, de mes lectures d'été.
Les lectures d'été sont fondatrices parce qu'elles sont inutiles, je ne suis pas la première à le dire. Je les aborde avec une certaine légèreté, mais je n'oublie pas qu'elles concentrent au fond l'essence même de ce qui m'a fait entrer en littérature : l'impression d'être trop peu, trop tard ou trop tôt, pour savoir me tenir dans le trop-plein du monde. Ainsi même en vacances - j'ai oublié de le dire mais je suis en vacances, et mon été ressemble à votre printemps -, même dans ce temps-là, qui est beaucoup moins vide qu'on ne le croit, je trouve rarement meilleur compagnon qu'un auteur qui donnera une couleur au temps que je passe, parce qu'il faut bien le passer.
Aujourd'hui sous le soleil j'ai renoué avec la lecture d'été. J'ai lu un roman, récent, populaire même et déjà enseigné par les collègues, un roman dont je ne me souviendrai plus dans deux jours et qui en tire justement sa valeur de trésor. Je ne retiendrai rien de ce que son auteur a voulu dire, mais je n'oublierai jamais comment cet auteur et son rythme m'ont habitée pendant cette journée. Je n'oublierai jamais la couleur de cette lecture, qui restera attachée à l'été, à cet été, celui-là précisément, et au balcon qui l'a supportée.
Cet auteur, Nicolas Dickner, fait désormais partie de mon histoire. À la suite d'autres auteurs, symboles des étapes de mon passage dans ce corps-ci - Dostoïevski, Céline, et à l'autre bout Virginia Woolf, Peter Handke, par exemple, des phares dont je serais bien en mal de devoir présenter des oeuvres précises mais dont je peux précisément cartographier les changements qu'ils ont imposés à ma route - il devient un repère, un point déterminé sur l'espèce d'onde que j'imagine pour rendre compte de ma vie.
C'est parce que je mesure à quel point les auteurs valent plus que leurs livres que je suis forcée d'admettre, au risque de la contradiction, qu'au fond, pour moi, les livres sont bien peu de choses même si je continue de leur consacrer ma vie. Et que les vacances, pour moi, c'est toujours un peu ça, la réitération de la valeur du peu, et du gratuit.
13 février 2013
Sourdes insolences
C'est un secret dont je ne devrais pas parler, mais ma vie est si pleine que je suis à peine capable de lui survivre.
Tout est en crise. Tout le temps.
J'ai hâte à la mort - pas la mienne, celle de ma mère, qui mérite de se reposer. J'ai hâte que la mort arrête de s'approcher et de s'éloigner, mais je sais que j'ai hâte pour rien. Je parle comme Bérénice Einberg parce que je me sens comme Bérénice Einberg.
Sur la voie qui se trace à chaque geste que je pose, je conduis dangereusement. Je suis sans cesse en avant ou en arrière de moi; je ne me suis pas encore attrapée.
Je travaille depuis peu dans un environnement très organisé où le moindre débordement est digne de signalement. Inutile de dire que je me sens signalée.
La morale de cette histoire : dans la vie comme dans les livres, ce n'est pas ennuyant de vivre une vie d'adolescent.
Tout est en crise. Tout le temps.
J'ai hâte à la mort - pas la mienne, celle de ma mère, qui mérite de se reposer. J'ai hâte que la mort arrête de s'approcher et de s'éloigner, mais je sais que j'ai hâte pour rien. Je parle comme Bérénice Einberg parce que je me sens comme Bérénice Einberg.
Sur la voie qui se trace à chaque geste que je pose, je conduis dangereusement. Je suis sans cesse en avant ou en arrière de moi; je ne me suis pas encore attrapée.
Je travaille depuis peu dans un environnement très organisé où le moindre débordement est digne de signalement. Inutile de dire que je me sens signalée.
La morale de cette histoire : dans la vie comme dans les livres, ce n'est pas ennuyant de vivre une vie d'adolescent.
Crédit photo : Premiere.fr
http://www.premiere.fr/Cinema/Photos-film/Photos-acteur/L-Effrontee-3445234
19 décembre 2012
Kit de survie pour professeur émotif
Je viens de terminer, en même temps que la session, un (autre) livre que j'aurais voulu écrire : Aimer, enseigner, de Yvon Rivard.
Parce qu'enseigner la littérature au collégial, c'est être sans arrêt divisé. Entre réfléchir à voix haute - les plus grands bonheurs d'enseignement -, être compris par le plus grand nombre, l'orienter vers la réussite et plaire à ceux dont on a décidé qu'ils comptent (soyons honnêtes, c'est comme ça que ça se passe), les pôles sont multiples qui écartèlent et épuisent. Il est donc bon de retrouver ponctuellement les repères qui, sans s'effacer totalement de notre esprit, semblent pâlir en cours de route.
Au nombre desquels figure celui-ci, le plus important de tous peut-être : "Pour bien voir, il faut regarder ailleurs." (p. 149) J'espère que mes élèves ont compris ça. J'espère qu'ils pensent, pendant que je m'exalte, pendant que je m'essouffle devant eux, à tout ce qui déborde de ce que je dis. J'espère qu'ils arrêtent de m'écouter pour penser combien c'est précieux, ce qui se passe devant eux, quelqu'un qui s'emporte et trouve à chaque séance l'énergie de se dépenser pour leur montrer quelque chose qu'ils n'écouteront pas.
J'espère qu'ils dépassent à chaque minute la platitude de ce que je leur avance, qui est tellement en-deça de ce qu'il importe qu'ils retiennent. Parce qu'au fond, "qu'est-ce qu'enseigner, aimer, sinon s'appliquer à ne rien faire d'autre que laisser le monde et les mots, les êtres et les choses surprendre et élargir le regard et la pensée?" (p. 171)
J'espère en effet surtout que je sais leur montrer que je n'importe pas. Que je compte moins que toutes les volontés que peux réussir à faire naître en eux. J'espère - et je devine - qu'ils ressentent avec moi, après chaque cours, combien je suis inapte. Combien je ne serai "jamais à la hauteur de (mon) désir de connaissance et d'expression." (p. 111)
Même si j'essaie sans arrêt d'être proche d'eux, je me garde une distance. C'est un jeu. Je ne serai jamais vraiment proche d'eux. J'ai toujours pressenti qu'il en valait mieux ainsi. Et si j'ai besoin d'eux pour continuer de me guider, pour continuer de trouver ma place dans la cité - parce que comme Rivard, j'ai "besoin de partager avec des élèves ce que je (reçois) de la littérature parce que je ne (peux) supporter seul(e) une telle expérience" (p. 10) -, je me sens toujours un peu rassurée de constater qu'en fin de compte, aucun d'entre eux n'a vraiment réussi à me toucher, comme à l'escrime, autant que je leur ai laissé supposer qu'il était possible de le faire.
La distance entre un professeur de littérature et ses élèves est vitale. Yvon Rivard a pris deux centaines de pages pour me le rappeler, mais la fin de session me l'avait déjà signalé. Parfois, la notion de seuil est aussi une question de santé mentale.
* Les citations en gras proviennent de Rivard, Aimer, enseigner, Montréal, Boréal, Collection Liberté grande, 2012, 203 p.
Parce qu'enseigner la littérature au collégial, c'est être sans arrêt divisé. Entre réfléchir à voix haute - les plus grands bonheurs d'enseignement -, être compris par le plus grand nombre, l'orienter vers la réussite et plaire à ceux dont on a décidé qu'ils comptent (soyons honnêtes, c'est comme ça que ça se passe), les pôles sont multiples qui écartèlent et épuisent. Il est donc bon de retrouver ponctuellement les repères qui, sans s'effacer totalement de notre esprit, semblent pâlir en cours de route.
Au nombre desquels figure celui-ci, le plus important de tous peut-être : "Pour bien voir, il faut regarder ailleurs." (p. 149) J'espère que mes élèves ont compris ça. J'espère qu'ils pensent, pendant que je m'exalte, pendant que je m'essouffle devant eux, à tout ce qui déborde de ce que je dis. J'espère qu'ils arrêtent de m'écouter pour penser combien c'est précieux, ce qui se passe devant eux, quelqu'un qui s'emporte et trouve à chaque séance l'énergie de se dépenser pour leur montrer quelque chose qu'ils n'écouteront pas.
J'espère qu'ils dépassent à chaque minute la platitude de ce que je leur avance, qui est tellement en-deça de ce qu'il importe qu'ils retiennent. Parce qu'au fond, "qu'est-ce qu'enseigner, aimer, sinon s'appliquer à ne rien faire d'autre que laisser le monde et les mots, les êtres et les choses surprendre et élargir le regard et la pensée?" (p. 171)
J'espère en effet surtout que je sais leur montrer que je n'importe pas. Que je compte moins que toutes les volontés que peux réussir à faire naître en eux. J'espère - et je devine - qu'ils ressentent avec moi, après chaque cours, combien je suis inapte. Combien je ne serai "jamais à la hauteur de (mon) désir de connaissance et d'expression." (p. 111)
Même si j'essaie sans arrêt d'être proche d'eux, je me garde une distance. C'est un jeu. Je ne serai jamais vraiment proche d'eux. J'ai toujours pressenti qu'il en valait mieux ainsi. Et si j'ai besoin d'eux pour continuer de me guider, pour continuer de trouver ma place dans la cité - parce que comme Rivard, j'ai "besoin de partager avec des élèves ce que je (reçois) de la littérature parce que je ne (peux) supporter seul(e) une telle expérience" (p. 10) -, je me sens toujours un peu rassurée de constater qu'en fin de compte, aucun d'entre eux n'a vraiment réussi à me toucher, comme à l'escrime, autant que je leur ai laissé supposer qu'il était possible de le faire.
La distance entre un professeur de littérature et ses élèves est vitale. Yvon Rivard a pris deux centaines de pages pour me le rappeler, mais la fin de session me l'avait déjà signalé. Parfois, la notion de seuil est aussi une question de santé mentale.
* Les citations en gras proviennent de Rivard, Aimer, enseigner, Montréal, Boréal, Collection Liberté grande, 2012, 203 p.
20 octobre 2012
Lire en mode survie
Les derniers mois ont été durs pour les citoyens québécois qui ont le coeur sur la main.
Je ne sais pas si les Charest, Zambito, Zampino, Normandeau, Surprenant et Accurso de ce monde savent que ce n'est pas seulement l'État qu'ils volent, mais les citoyens qu'ils vident de leur petite monnaie, oui, mais surtout de leur espoir en la vie. Je me suis laissé gagner par la colère, d'abord, qui m'a poussée à agir, manifester, m'informer. Maintenant, c'est un fort sentiment d'impuissance et une lourde déception envers la race humaine qui m'habitent quand me prend la folie de lire les journaux et de me renseigner un peu. Chaque jour, il suffit de quelques minutes de fréquentation de l'actualité pour que ma petitesse me saute au visage et que mes choix de vie - un engagement social qui passe par l'enseignement, des comportements plutôt écologiques et une conscience grandissante des belles fractures qui fondent l'humanité - semblent affreusement vides et vains.
C'est une évidence. C'est même un danger : les moralistes ont souvent pour plus grand tort de penser avoir raison. Mais je n'entends pas ici réitérer les pouvoirs de la littérature contre cette pourriture du monde au sens abstrait de "purification des âmes" ou d'un illusoire ordonnancement de ce qui déborde et dérange, à la manière des moralistes, justement. Je veux carrément et simplement dire, en reprenant un peu les mots d'Yvon Rivard, que penser, lire et écrire sont des gestes politiques qui nous élèvent et nous préservent, ultimement, de la souillure environnante.
Un exemple. Alain Farah, sur son compte Facebook que je ne suis pas mais que j'ai zyeuté dans l'anonymat - honte à moi! - a récemment remercié Vickie Gendreau d'avoir osé écrire un livre différent, d'avoir risqué une littérature imparfaite mais solide, qui ne coule pas sur les jours sans laisser de traces. C'est un commentaire que j'ai trouvé très juste. Juste envers ce roman que je n'ai pas adoré mais qui a pourtant vibré entre mes mains le temps que je l'ai lu. Qui ne s'est pas inscrit dans le temps du quotidien et qui a au contraire altéré les jours qui lui ont été consacrés. Des jours pendant lesquels je me suis sentie plus forte et plus vivante - ce Testament est un livre sur la vie -, assez en tout cas pour ne pas m'effondrer devant un certain témoignage ahurissant ou une brutalité policière qui est loin d'être exceptionnelle.
Ce que je veux dire, en somme, c'est que lire et écrire m'aide à préserver mes forces vitales et à ne pas m'avachir devant la dégueulasserie ambiante qui se révèle à nous un peu plus chaque jour. C'est sûrement en mode survie, mais c'est au moins ça de pris.
Image : http://0.tqn.com/d/atheism/1/0/J/z/2/BooksKilledByFire-e.jpg
Image : http://0.tqn.com/d/atheism/1/0/J/z/2/BooksKilledByFire-e.jpg
17 octobre 2012
Un lent retour à la vie, peut-être
Dans une entrevue que j'ai déjà regardée sur le web et que je ne retrouve pas en ce moment*, Élise Turcotte racontait que si, plus jeune, elle ressentait le besoin d'écrire toujours seule, dans le calme et le noir, elle pensait désormais que l'écriture devait se faire avec la vie, dans la maison, sous le soleil, la porte ouverte et les enfants pas loin.
Je suis d'accord avec elle.
Ce soir, par exemple, si je m'étais mise dans les conditions que je croyais jusqu'alors essentielles à l'écriture - sous la pénombre, bercée par une musique méditative qui m'aurait donné l'illusion d'avoir laissé mûrir en moi des phrases qui se donneraient, ratoureuses, l'air d'être fin prêtes - je ne pourrais que vainement tenter d'expliquer la teneur de tout ce qui s'est éclipsé de ma vie dans les derniers mois : mon sens de l'humour, mon énergie, l'illusion de ma force et d' "un pont vers le monde concret".**
Au lieu de ça, je me risque à écrire sur une nappe pleine de grains, accompagnée par le tapage d'un lave-vaisselle qui n'est plus tout jeune, entre deux séances de préparation de cours et de rigolades sporadiques avec mon amoureux.
Mon amoureux sauveur.
Mon amoureux magique.
Mon amoureux que je remercie le ciel de n'avoir jamais choisi d'aimer.
Et si ce que je me surprends à vouloir raconter se résume à peu de chose encore, c'est au moins entourée d'un peu de lumière que j'ose un peu choisir de ne plus voir dans ce que j'ai perdu une distance qui se serait creusée - encore - entre le réel et moi, mais une épaisseur nouvelle et vibrante de l'espace qui pourrait devenir le mien : le "frémissement secret" de l'air autour de moi qui, poreux, laisserait surgir en les magnifiant les lumières diverses de ce qui me pénètre chaque jour. ***
* Cet entretien s'inscrivait dans une série d'entrevues portant sur des poètes québécois, dont Turcotte, Nepveu et Dorion. Selon mon souvenir, il était proposé par le CRILQ ou la Maison des écrivains, mais bon, je n'arrive pas à le retrouver.
** Guyana, Leméac, 2011, p. 46.
*** Idem, p. 89 et 27.
Je suis d'accord avec elle.
Ce soir, par exemple, si je m'étais mise dans les conditions que je croyais jusqu'alors essentielles à l'écriture - sous la pénombre, bercée par une musique méditative qui m'aurait donné l'illusion d'avoir laissé mûrir en moi des phrases qui se donneraient, ratoureuses, l'air d'être fin prêtes - je ne pourrais que vainement tenter d'expliquer la teneur de tout ce qui s'est éclipsé de ma vie dans les derniers mois : mon sens de l'humour, mon énergie, l'illusion de ma force et d' "un pont vers le monde concret".**
Au lieu de ça, je me risque à écrire sur une nappe pleine de grains, accompagnée par le tapage d'un lave-vaisselle qui n'est plus tout jeune, entre deux séances de préparation de cours et de rigolades sporadiques avec mon amoureux.
Mon amoureux sauveur.
Mon amoureux magique.
Mon amoureux que je remercie le ciel de n'avoir jamais choisi d'aimer.
Et si ce que je me surprends à vouloir raconter se résume à peu de chose encore, c'est au moins entourée d'un peu de lumière que j'ose un peu choisir de ne plus voir dans ce que j'ai perdu une distance qui se serait creusée - encore - entre le réel et moi, mais une épaisseur nouvelle et vibrante de l'espace qui pourrait devenir le mien : le "frémissement secret" de l'air autour de moi qui, poreux, laisserait surgir en les magnifiant les lumières diverses de ce qui me pénètre chaque jour. ***
* Cet entretien s'inscrivait dans une série d'entrevues portant sur des poètes québécois, dont Turcotte, Nepveu et Dorion. Selon mon souvenir, il était proposé par le CRILQ ou la Maison des écrivains, mais bon, je n'arrive pas à le retrouver.
** Guyana, Leméac, 2011, p. 46.
*** Idem, p. 89 et 27.
14 juillet 2012
Silence
Vous aurez constaté mon silence prédominant des derniers mois. Je suis sur un chemin qui me mènera vers plus de simplicité. Or, ce blogue ne contribue pas à me rendre plus libre pour le moment. Je le mets donc en pause pour un temps.
Bonne chaleur, bon bonheur, et bonnes lectures.
Bonne chaleur, bon bonheur, et bonnes lectures.
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