Je jouais avec beaucoup d'amis à un sport quelconque dans un parc. Deux incongruités, déjà : beaucoup d'amis alors que je n'en avais aucun, la pratique d'un sport alors que mon petit corps malade ne m'a jamais permis de le faire. À un moment, nous nous mettions tous à voltiger gaiement, à une hauteur encore bien raisonnable, sautant et riant. Mais immanquablement, je finissais par ne plus pouvoir redescendre. J'étais prisonnière de mon envol, et ne cessais de monter, monter, jusqu'à être si haute que plus personne ne me voyait, plus personne ne m'accordait d'importance ; je m'étais volatilisée. J'essayais de toutes mes forces de retrouver le même monde que les autres, de revenir parmi eux, mais peine perdue, c'était dans une angoisse atroce que je finissais par appliquer ce truc que j'avais trouvé pour sortir de mes mauvais rêves : mon personnage fermait les yeux très fort, très longtemps, et je finissais par me réveiller pour de bon, ouvrant les yeux d'un coup sec.
J'ai bien vite compris que ce rêve était à l'image de mon étrangeté au monde. Étrangère aux autres, même en voulant à tout prix être comme eux. Étrangère à moi-même, à ce corps qui ne m'a jamais obéi. Étrangère au monde, ne pouvant pas être incluse dans les lois toutes simples qu'il s'est donné pour fonctionner. Étrangère, et envolée.
Mais ça m'a pris tout ce temps avant de comprendre pourquoi c'était un cauchemar. Maintenant je le sais. Pourquoi, je veux dire. C'est parce qu'il avait la forme du désir.